Marchands d’armes

Des monceaux de cartouches, acheminés depuis des usines
quelque part en Europe orientale, passant des mains de militaires africains corrompus à celles de miliciens fanatisés…
avant de terminer dans la tête d’un enfant innocent. Nous
sommes nombreux, lorsque l’on évoque l’existence des marchands d’armes, à penser spontanément au film emblématique.
Lord of War : Yuri Orlov, interprété par Nicolas Cage, y résumé avec cynisme son juteux business : « Une personne sur douze dans le monde est armée. Mon travail, c’est de trouver comment armer les onze autres. » Bien qu’inspiré d’un trafiquant
d’armes aujourd’hui sous les verrous, ce personnage et son
histoire restent imaginaires. Le plus récent War Dogs de Todd
Phillips raconte l’histoire vraie de deux gamins paumés qui
ont profité des guerres de Bush Junior pour faire fortune en
vendant aux États-Unis quantité d’armes de petits calibres afin d’équiper les armées irakienne et afghane en cours de
reconstruction. Le personnage principal, Efraim Diveroli,
incarné par Miles Teller, décrit ainsi le contexte du début
des années 2000: «Que savez-vous de la guerre? Ils vous
diront que c’est une affaire de patriotisme, de démocratie…
ou d’autres merdes à propos de types qui haïssent votre
liberté. Mais vous voulez savoir de quoi il s’agit vraiment?
Vous voyez un gamin de l’Arkansas qui fait son devoir pa-
triotique pour défendre le pays? Moi je vois un casque,
des gants ignifugés, un gilet pare-balles et un M-16. Je vois
17500 dollars. C’est ce que coûte l’équipement d’un soldat
américain. Et plus de deux millions de soldats se battent en
Afghanistan et en Irak.»
Le monde consacre plus de 1500 milliards d’euros par an
à ses efforts militaires. Une bonne partie, qui reste difficile à
chiffrer faute de transparence, est consacrée à l’achat d’équipement. En 1961, le président états-unien Dwight Eisenhower dénonçait déjà l’influence de cette industrie sur la politique de son pays en parlant de «complexe militaro-industriel».
Il accusait les fabricants d’armes d’entretenir les tensions
géopolitiques afin de faire tourner leurs usines et de stimuler leurs bénéfices. Difficile pourtant pour Washington de faire sans cette industrie, au risque de ne plus pouvoir armer ses propres forces et de devenir dépendant d’un pays tiers. Même
sans guerre, de nombreux États continuent de poursuivre la
course aux armements de peur d’être dépassés par des voisins
dont on craint les ambitions belliqueuses. Au Moyen-Orient et
en Asie, notamment, on ne cesse de faire grimper les budgets
afin d’obtenir les équipements les plus sophistiqués possible.des bombes et des radars. Quitte parfois à mettre les valeurs
de côté et à se montrer un peu moins regardant sur la nature
de la clientèle.
Faut-il voir derrière cette mobilisation de tous les corps de
l’État un complexe militaro-industriel à la française ? Ce sont
plus de 160 000 personnes qui travaillent dans l’industrie de
l’armement. Ce sont nos voisins, nos amis, nos parents, qui
produisent et vendent une gamme d’armement d’une excep-
tionnelle diversité. Sans compter leurs familles et parfois des
régions entières qui dépendent de ce secteur d’activité. Tous
ces gens sont-ils comme Yuri Orlov et Efraim Diveroli, des
assoiffés de prostituées et de drogues sans scrupules, prêts
à tout pour vendre leurs armes ?
À la fin du film Lord of War , le réalisateur Andrew Niccol
rappelait il y a dix ans déjà en guise de conclusion qu’il
s’était inspiré de faits réels. Avant de préciser : « Alors que
des marchands d’armes privés continuent de prospérer, les
plus gros fournisseurs d’armes au monde sont les États-Unis,
le Royaume-Uni, la Russie, la Chine… et la France. »

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